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Un trou dans une coquille

 

Trou dans une coquille de Moule

Trou dans une coquille de Moule (Crozon, février 2005)

 

La Moule commune (Mytilus edulis) est un animal vivant sur les côtes rocheuses, fixé aux rochers par un byssus fibreux.
Grégaire, elle peut former des groupes nombreux à l’origine de véritables écosystèmes appelés moulières.

Il n’est pas rare de trouver dans les moulières des valves de coquilles de Moule percées d’un orifice circulaire régulier.

Quelle est l’origine de ce trou dans la coquille ?

 

Pourpre dans la moulière

Pourpre dans la moulière (Crozon, février 2009)

 

La moulière abrite une communauté d’espèces comportant divers Annélides, Arthropodes, Mollusques gastéropodes pour ne citer que quelques groupes.

Parmi les derniers figure le Pourpre (Nucella lapillus).
À marée basse, il se déplace sur les Moules, rampant à l’aide de son pied et s’orientant grâce aux organes sensoriels portés par sa tête, yeux et tentacules notamment.

 

Pourpre dans la moulière

Pourpre dans la moulière (Crozon, février 2009)

 

Le Pourpre est parfois immobile, comme fixé sur une Moule.

 

Repas du Pourpre

Repas du pourpre (Crozon, février 2005)

 

Lorsque l’on écarte les deux protagonistes, il apparaît que la coquille de la Moule présente un orifice, par lequel le Pourpre introduit sa trompe !

Le Pourpre se régale de Bivalves comme la Moule, mais leur coquille constitue un obstacle à ses repas.
Comment le franchit-il ?

Il possède un organe de perforation, localisé dans la région antérieure du pied, à proximité du complexe buccal. Il est constitué d’un renflement sécréteur associé à un tissu lacuneux richement vascularisé, innervé et associé à des fibres musculaires.

En présence d’une proie, le Pourpre applique son pied sur une valve. Un afflux d’hémolymphe dans le tissu lacuneux provoque la saillie de la région sécrétrice qui entre en contact avec la coquille. Elle libère un mélange de mucopolysaccharides et de glycoprotéines dont le pH est acide, riche en enzymes notamment en anhydrase carbonique.
Dans un premier temps, certaines enzymes digèrent la matrice protéique de la coquille, désorganisant les réseaux de cristaux de carbonate de calcium. L’anhydrase carbonique agit alors, conjointement avec de l’acide chlorhydrique et des substances fixant le calcium appelées chélateurs, solubilisant les sels minéraux de la coquille. Le calcium est capté par les cellules sécrétrices et transféré à l’hémolymphe.

Ce processus chimique est entrecoupé de phases mécaniques.
Le complexe buccal du Pourpre comporte une partie dévaginable, la trompe ou proboscis. Elle comprend la bouche, ouverte à son extrémité, la cavité buccale située en arrière et associée à une radula, ainsi que l’œsophage.
La radula est une sorte de ruban hérissé de dents, animé de mouvements de va-et-vient. Un afflux d’hémolymphe au niveau de la tête et le relâchement de muscles rétracteurs provoque la dévagination du proboscis. Elle amène la radula au contact de la coquille. Agissant comme une râpe, elle abrase et élimine la portion de coquille partiellement dégradée.

L’alternance des phases chimique et mécanique aboutit à la formation d’un orifice circulaire dans la coquille. Le processus demande 8 heures pour une coquille épaisse de 2 mm. En laboratoire, il progresse à la vitesse de 0,3 à 0,5 mm par jour.

Le trou percé, le Pourpre introduit son proboscis à travers la coquille.
La radula, par ses mouvement, râpe les tissus de la proie et en détache de petits fragments. Ils sont aspirés par le complexe buccal et entraînés dans le tube digestif par le battement des cils œsophagiens.
Le proboscis permet ainsi à l’animal de puiser sa nourriture à l’intérieur de la coquille.

 

Le Pourpre aussi !

Le Pourpre aussi ! (Crozon, février 2009)

 

Il arrive que des coquilles de Pourpre soient elles-mêmes percées d’un trou, ce qui suggère que l’espèce pourrait être cannibale au stade adulte.

S’alimentant de Mollusques, le Pourpre pratique la malacophagie ou molluscivorie.

 

La prédation exercée par le Pourpre sur la Moule commune a un impact écologique non négligeable.

Sur les côtes rocheuses battues par les vagues, dans la région inférieure de la zone intertidale, alternativement couverte et découverte par la marée, l’espèce dominante est la Moule. En compétition avec les Balanes et certaines algues, elle parvient à provoquer leur élimination.

Lorsque des prédateurs comme le Pourpre sont présents, les Balanes et les algues coexistent avec les Moules. Ils préviennent l’éradication de ces espèces par la Moule, en réduisant sa population.

Le Pourpre apparaît dans ces conditions comme un régulateur de la population de Moules, dont l’action impacte l’ensemble de la communauté de la moulière par l’intermédiaire d’une modification des relations de compétition entre ses membres.
L’espèce est dite clé de voûte.

 

Références :

Nibakken J.W., 2001 – Marine biology : an ecological approach. Benjamin Cummings, 516p. San Francisco (USA)

Turquier Y., 1989 – L’organisme dans son milieu : les fonctions de nutrition. Doin, 315p. Paris

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