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Sous le sable de la plage…

 

Des Oursins, des Étoiles, des Concombres et des Ophiures !

 

Plage de Morgat

Plage de Morgat (Crozon, février 2010)

 

Les bords de mer se présentent sous différents aspects, en particulier du point de vue de la qualité du substrat, schématiquement meuble ou solide.

Les plages de sable fin, relevant de la première catégorie et familières aux vacanciers, s’étendent parfois à perte de vue, sans qu’un animal soit visible.
Elles se distinguent en ceci du littoral rocheux, où animaux et algues sont nombreux à vivre fixés sur le support dur constitué par les rochers ou dans les cuvettes retenant l’eau à marée basse.

 

Les plages de sable fin sont-elles dépourvues de toute vie, à l’exclusion des vacanciers ?

Une observation attentive de leur surface révèle l’existence de dépressions ou inversement de monticules dans la partie basse de la zone intertidale, alternativement couverte et découverte par la marée.

Ces irrégularités sont autant d’indices de la présence et de l’activité d’animaux vivant enfouis dans le sédiment.
Ils constituent une faune endogée, qui compte en particulier de multiples Échinodermes.

 

L’Oursin de sable : un bâtisseur de terrier

L’Oursin de sable (Echinocardium cordatum) est l’un d’entre eux. Il appartient au groupe des Échinides.

 

Oursin de sable

Oursin de sable (Crozon, janvier 2011)

 

Il vit dans un terrier relativement superficiel consolidé par une substance muqueuse et muni d’une cheminée oblique assurant une communication avec la surface du sédiment. Elle est matérialisée en surface par une dépression dans le sable.

De forme bombée avec une face inférieure plate, le corps de l’Oursin de sable porte des piquants de couleur claire, de tailles et de formes diverses.
Ainsi, de longs piquants localisés sur la face supérieure (dite aborale) soutiennent la cheminée.

 

Oursin de sable

Oursin de sable (Crozon, janvier 2011)

 

Extrait de son terrier et déposé sur le substrat, l’Oursin de sable s’enfouit rapidement.

Un bourrelet de sable se forme autour du corps, du fait du déplacement des particules de sédiment repoussées par les piquants.

 

Oursin de sable

Oursin de sable (Crozon, janvier 2011)

 

Progressivement, l’animal s’enfonce dans le sable.

 

Oursin de sable

Oursin de sable (Crozon, janvier 2011)

 

Il finit par être recouvert, seul l’orifice de la cheminée demeurant visible.

 

Oursin de sable

Face aborale de l’Oursin de sable (Crozon, février 2009)

 

La face aborale du corps est caractérisée par une zone centrale en forme de goutte, portant les longs piquants de soutien de la cheminée ainsi que des piquants courts et aplatis, et d’autres arrondis.

Ils sont associés à des pieds ambulacraires, expansions mobiles.

 

Oursin de sable

Face orale de l’Oursin de sable (Crozon, février 2009)

 

La face inférieure, qualifiée d’orale, porte une bouche arquée, située du côté élargi du corps.

À l’opposé, une zone en forme d’ellipse est munie de piquants spatulés responsables de l’excavation du terrier et du déplacement des grains de sable.

 

La plupart des particules repoussées par les piquants spatulés sont ingérées par la bouche voisine.
En conséquence, l’Oursin de sable peut être qualifié de psammivore.

L’animal se nourrit par ailleurs de particules alimentaires déposées à la surface du sédiment : les pieds ambulacraires de la face aborale glanent ces particules qui sont ensuite engluées dans des sécrétions muqueuses. L’ensemble est alors acheminé vers la bouche.
L’Oursin de sable pratique ainsi également la dépositivorie.

 

L’Étoile-peigne : une migratrice quotidienne

L’Étoile-peigne commune (Astropecten irregularis) est un deuxième exemple. Elle appartient au groupe des Astérides.

 

Étoile-peigne

Étoile-peigne (Crozon, janvier 2011)

 

Posée à la surface de la plage, elle s’enfonce rapidement dans le sable.

 

Étoile-peigne

Étoile-peigne (Crozon, janvier 2011)

 

Recouverte de sable, elle n’est plus visible bien que demeurant dans la strate superficielle de la plage.

Les cinq bras de l’Étoile-peigne portent sur leur face inférieure (dite orale) des pieds ambulacraires dont l’extrémité est pointue. L’enfouissement est dû à leurs mouvements coordonnés. Très mobiles, ils agissent comme les dents d’un râteau et écartent les grains de sable sous la face orale de l’animal.
En conséquence, il s’enfonce verticalement dans le sédiment.

 

L’espèce a une activité principalement nocturne : elle s’alimente de nuit, se nourrissant de Mollusques, bivalves et gastéropodes, ainsi que d’autres Échinodermes.
Elle peut ainsi être qualifiée de prédatrice.

Le jour, elle reste enfouie dans le sable, avant de gagner la surface à la faveur de la nuit.

 

Le Leptosynapte : un foreur de galerie

Le Leptosynapte (Leptosynapta sp.) est un cas supplémentaire. Il représente le groupe des Holothurides, communément désignés par l’expression Concombres de mer.

 

Leptosynapte

Leptosynapte (Carantec, janvier 2011)

 

Le Leptosynapte vit en milieu sableux légèrement envasé.
Il possède un corps cylindrique, mou et dépourvu de piquants, de couleur rosâtre. Le tégument est peu épais et translucide, laissant apparaître cinq bandes musculaires longitudinales et des muscles circulaires ainsi que le tube digestif rempli de sable.

Le Leptosynapte ne présente pas de pieds ambulacraires à l’exception des tentacules entourant la bouche, qui en dérivent.
Au nombre de douze, ils sont courts et portent des ramifications en doigts de gant.

 

Leptosynapte

Leptosynapte (Carantec, janvier 2011)

 

Le Leptosynapte creuse une galerie à l’aide de ses tentacules péribuccaux : par leurs mouvements, ils écartent sur les côtés les grains de sable, la région orale s’engageant dans l’espace dégagé.
La progression dans le sédiment implique des contractions coordonnées des musculatures longitudinale et circulaire, déterminant des mouvements péristaltiques, et une prise d’appui sur le sable environnant.

La surface corporelle est émaillée de petites protubérances produisant un abondant mucus, protégeant l’animal de l’abrasion due aux grains de sable.

 

La couronne de tentacules a également une fonction préhensile : elle permet d’amener à la bouche le sable, contenant des particules alimentaires, que l’animal ingère. À ce niveau le tégument produit une substance adhésive favorisant la prise alimentaire.
Se nourrissant de sable, le Leptosynapte est qualifié de psammivore.

 

L’Ophiure fouisseuse : une espèces partiellement enfouie

Un dernier exemple est celui de l’Ophiure fouisseuse (Acrocnida brachiata), appartenant au groupe des Ophiurides.

 

Ophiure fouisseuse

Ophiure fouisseuse (Crozon, janvier 2011)

 

L’Ophiure fouisseuse arbore une couleur gris brun, semblable à celle du sable.
Son corps est formé d’un disque central dont le diamètre est de l’ordre de 10 mm, autour duquel rayonnent cinq longs bras fins, effilés et flexibles. Leur longueur atteint 150 mm.

 

Ophiure fouisseuse

Ophiure fouisseuse (Crozon, janvier 2011)

 

Posée sur le sable, l’Ophiure fouisseuse s’enfouit progressivement grâce à l’action de ses bras.
Les pieds ambulacraires qu’ils portent y contribuent également, repoussant les grains de sable par leurs mouvements effectués entre les piquants.

 

Ophiure fouisseuse

Ophiure fouisseuse (Crozon, janvier 2011)

 

Petit à petit, l’animal s’enfonce dans le sédiment.

 

Ophiure fouisseuse

Ophiure fouisseuse (Crozon, janvier 2011)

 

Au terme du processus, le disque central est localisé à une dizaine de centimètres de la surface au sein d’un terrier semipermanent consolidé par une substance muqueuse.
Les extrémités libres des bras sont dressées hors du sable, flottant dans l’eau.

 

L’Ophiure fouisseuse se nourrit principalement de particules en suspension dans l’eau, qu’elle prélève à l’aide des extrémités libres de ses bras. Les pieds ambulacraires captent ces particules qui sont ensuite acheminées à la bouche par la ciliature tégumentaire.
Elle pratique la suspensivorie.

Des particules présentes dans le substrat ou à sa surface pourraient également être récupérées.

 

Vivre dans le sable

Les plages de sable constituent des environnements dont la diversité est principalement liée à :

la taille des particules du substrat déterminant sa capacité de rétention de l’eau à marée basse et sa cohésivité ;

l’hydrodynamisme responsable notamment d’un constant remaniement de la surface dont les grains sont alternativement mis en suspension et déposés ;

la pente peu accentuée le plus souvent.

L’abondance et la variété de la faune des plages dépend de ces paramètres mais de manière générale, l’instabilité du substrat est peu propice à l’installation d’organismes fixés.

En revanche, en profondeur le milieu sableux offre des conditions de vie stables en termes de température, de salinité et d’hydratation, en relation avec les propriétés isolantes du substrat et son imprégnation par l’eau.
Cet environnement est également saturé en dioxygène, du fait de l’agitation par les vagues de l’eau qui le baigne.
Il est par ailleurs protégé du rayonnement solaire, le sédiment étant opaque à la lumière, la réfléchissant ou l’absorbant.

La faune apparaît essentiellement installée dans le sédiment, ayant développé la capacité de s’enfouir. Elle est qualifiée de faune endogée et prend le nom d’endofaune.

L’instabilité des couches superficielles du sédiment est contournée par un enfouissement profond, dans des strates non perturbées par le courant, ou un enfouissement rapide au moment de la submersion. Ces comportements permettent parallèlement aux organismes d’échapper aux prédateurs.

Les surfaces corporelles des animaux fouisseurs présentent peu d’aspérités, réduisant la résistance à l’enfouissement.
Ils possèdent également des dispositifs permettant de saisir et déplacer les grains de sable, facilitant la pénétration dans le substrat.
La production par le tégument de substances visqueuses facilite de même l’insertion dans le sédiment tout en limitant l’abrasion par les grains de sable.

En absence de macroflore, l’endofaune se nourrit essentiellement par microphagie. Les aliments sont représentés par des particules de petite taille flottant dans l’eau au-dessus du sédiment, déposées à sa surface ou situées entre les grains de sable. Les particules peuvent être des organismes planctoniques ou vivant à la surface des grains de sable, mais aussi des débris.
Les animaux pratiquent respectivement la suspensivorie, la dépositivorie et la psammivorie, ces différents types de prises alimentaires n’étant pas exclusifs.
Des prédateurs sont également présents.

Les Échinodermes examinés dans cette page illustrent les particularités de l’endofaune des plages en termes d’adaptations à l’enfouissement et de modalités de prise de nourriture.

Bien d’autres groupes sont représentés dans ces milieux, comme les Mollusques bivalves et gastéropodes, les Annélides, les Arthropodes, pour ne citer que les plus courants.

 

Pour en savoir plus, consulter les articles de Codex virtualis consacrés à :

l’Oursin de sable (adresse : http://codexvirtualis.fr/codex/semaine-06-2015)

l’Étoile-peigne commune (adresse : http://codexvirtualis.fr/codex/semaine-08-2015)

 

Références :

Nybakken J.W., 2001 – Marine biology. A ecological approach. Benjamin Cummings, 516p. San Francisco (USA)

Turquier Y., 1989 – L »organisme dans son milieu. 1. Les fonctions de nutrition. Doin, 315p. Paris

Turquier Y., Loir M., 1981 – Connaître et reconnaître la faune du littoral. Ouest France, 332p. Rennes

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